présentation publique de fin de stage

Atelier lyrique
2019-2020

La flûte enchantée, un opéra drôle, tendre, féerique et farfelu…

 Prima Materia d’Antonio Cacciatore 

L’atelier lyrique 2019-2020 s’achève. Il était consacré au travail d’interprétation des rôles solistes ainsi que des parties de chœurs de La Flûte enchantée de Mozart, dans sa version de concert. Nous avons suivi le travail des stagiaires tout au long de leur parcours…

Pamina : Claire Delfour, Tamino : Sofiane Ayouz, La Reine de la nuit : Diane Steinmetz – Élodie Munghur, Sarastro : Philippe Cruveiller, Papageno : Romain Douillard, Papagena : Élodie Munghur, Première Dame : Nathalie Château, Deuxième Dame : Anne-Marie Ley, Troisième Dame : Claire Chérie.

GDC : Florence Akar, quelle est aujourd’hui, à la fin de cette session de stage, votre impression sur le travail réalisé par les participant.e.s ?
F.A. : Je suis vraiment très satisfaite de notre atelier car chacun.e a pu gagner en confiance vocale mais aussi scénique. À ce sujet, le travail de groupe s’est révélé très profitable et s’est déroulé dans une ambiance très intense mais aussi très joyeuse.
Les différents objectifs que j’avais posés dès le départ me semblent avoir été atteints :
– comprendre une œuvre dans son ensemble ;
– la situer dans son époque ;
– comprendre un style vocal ;
– acquérir des dynamiques précises d’interprétation ;
– maîtriser la mise en espace ;
– gagner en expérience en regardant les autres chanteurs travailler ;
– apprendre à chanter en allemand…

GDC : Vous avez bénéficié de plusieurs intervenant.e.s pour mener à bien ce projet très diversifié…
F.A. : En effet, notre accompagnatrice et cheffe de chants Yuri Higuchi a été présente depuis le début. Julien Castera est intervenu également pour nous accompagner à la flûte et réfléchir au bon tempo pour les airs accompagnés par l’instrument. Deux étudiantes allemandes, Léonie et Stéphanie Heidel, ont assuré dès le départ le coaching linguistique des stagiaires.

Stages : Atelier lyrique | Yuri Higuchi, pianiste accompagnatrice
Atelier lyrique 2019-2020 : Julien Castera, flûtiste
Atelier lyrique 2019-2020 : Élodie et Stéphanie Heidel, coaches linguistiques

GDC : Pour illustrer la présentation finale de cet atelier lyrique 2019-2020, vous avez choisi une toile d’Antonio Cacciatore : Prima materia. Quel est le rapport avec la Flûte enchantée ?
F.A. : Eh bien, j’ai choisi ce tableau pour caractériser les personnages de la Flûte qui sont embarqués dans des aventures assez rocambolesques pour la plupart et cela « bien malgré eux ».
Tamino le jeune prince se retrouve propulsé dans une contrée inconnue et devra affronter maintes épreuves pour mériter un amour noble. Papageno l’oiseleur est tiré de sa forêt pour lui servir de compagnon de route.
Pamina vivait prisonnière. Elle tombera amoureuse de son sauveur et deviendra son égale.
La Reine de la nuit rêve de vengeance et de mort mais sera elle-même terrassée. La raison l’emportera sur la passion.
Cette toile est une énigme, comme le souhaite le peintre, et le titre ne vient rien expliquer. À mes yeux, c’est un peu un tourbillon qui emporte, ou devrais-je dire « transporte », les personnages vers une autre destinée. Mais laquelle ? Celle de la lumière…
Cacciatore nous livre des peintures-énigmes interdisant toute interprétation définitive… Et Mozart, comme le dit Starobinski, « ajoute à la fable un surcroît de sens empêchant toute interprétation de se clore ». (*)

GDC : Justement, ces personnages, sont-ils (comme l’était Don Juan) aspirés par un destin sur lequel ils n’ont aucune prise ?
F.A. : Oui et non car ce n’est pas le sens premier de l’opéra. Souvenons-nous : La Flûte enchantée est d’abord créée pour plaire au public le plus large possible et produire un succès sur le terrain de jeu de la dichotomie, du contraste et de l’alternance. Et l’enchantement vient du mariage entre la forme populaire du Singspiel qui alterne dialogues parlés et chantés et la forme savante du drame philosophique : c’est du jamais vu !

(*) Jean Starobinski, Les enchanteresses, p.199 — Éditions du Seuil — octobre 2005.

La flûte enchantée,
un travail d'équipe

GDC : C’est vrai. Et, en fait, ils sont trois à produire cette œuvre. 
Il y a d’abord Emanuel Schikaneder, acteur remarquable et directeur de théâtre, qui propose le livret, largement inspiré d’ailleurs du conte oriental Lulu de l’écrivain Wieland (celui-là même qui produit l’une des plus remarquables utopies du XVIIIe siècle : Der Goldene Spiegel). Il y a aussi Ignaz Von Born, le chef le plus progressiste de la franc-maçonnerie viennoise. Et enfin, il y a Mozart.
Chacun des trois hommes marque l’œuvre de sa personnalité : Schikaneder inspire le personnage de Papageno, Born donne naissance à Sarastro et Mozart opère l’alchimie.
À cette époque, le vieux complice Lorenzo Da Ponte a quitté Vienne pour Londres. On est donc entre soi : Mozart et Schikaneder sont des amis de longue date et ils fréquentent à Vienne la même loge maçonnique. Et c’est dans un petit chalet juste à côté du théâtre dirigé par Schikaneder que Mozart composera une grande partie de La Flûte (en six mois à peine). Mozart écrit donc en fonction de la commande pour des comédiens-chanteurs plutôt que de véritables chanteurs professionnels à l’exception du rôle de la Reine de la nuit dont il sait déjà qu’il sera confié à sa belle-sœur Josepha Hofer, née Josepha Weber, excellente soprano colorature. Lui-même dirigera l’orchestre de son clavecin, du moins lors des premières représentations. Schikaneder dont le nom apparaît en tête d’affiche endosse le rôle de Papageno qui, bien sûr, lui va comme un gant.

UNE alchimie
dont Mozart a le secret

F.A. : En effet, cette alchimie, dont seul Mozart a le secret, permet à l’œuvre d’atteindre son double but : séduire le public populaire de la banlieue viennoise et mettre en scène une cérémonie initiatique maçonnique symbolisant la quête de soi-même et de la sagesse.

GDC : C’est aussi, bien sûr, une fantasmagorie en trompe-l’œil : la bonne fée n’est en fait qu’une harpie, celui qu’on croyait être le méchant enchanteur était en fait un bon génie : la réalité n’est plus la réalité. L’œuvre, toute en contrastes, devait marcher car le public ne résiste pas à l’alternance du chaud et du froid et nos trois « producteurs » l’avaient parfaitement compris. 
De plus, elle a recours aux effets spéciaux (on fait descendre du ciel la Reine de la nuit…), ce que le public, habitué à la féerie, affectionnait particulièrement !
Enfin, il y a cette dimension politique, qu’il ne faut pas oublier : la Flûte est strictement contemporaine des débuts de la Révolution française…

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Florence Akar, j’ai envie de vous poser une dernière question : au terme de cet atelier, envisagez-vous de renouveler l’expérience l’an prochain ?
F.A. : Tout à fait. Je souhaiterais remonter ce module de 8 séances l’an prochain, peut être en restant chez Mozart (avec Cosi fan tutte) ou en abordant de la musique plus légère comme Offenbach.

Né en 1966, Antonio Cacciatore est un artiste plasticien. En 2006, il met un terme à sa carrière de consultant. C’est en Australie où il réside alors qu’il entame son apprentissage des arts plastiques. Aujourd’hui, il vit et travaille à Paris.
Le prix 2009 du toit de l’Arche de la Défense lui est décerné par un jury de professionnels comprenant Antoine Poncet, sculpteur et Président de l’Académie des Beaux Arts.
Antonio Cacciatore a récemment exposé dans le XVIIIe à Paris : « Inside the Studio », décembre 2019.

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