LE COUP DE CŒUR DE…

Nick Stern

FIDELIO

Opéra de Beethoven
Adaptation du Heartbeat Opera

Fidelio de Beethoven par le Heartbeat Opera : le coup de cœur de Nick Stern
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Ma préférence à moi…

Mon deuxième coup de cœur (après la chanson sud-africaine Shosholoza) est Fidelio, l’unique opéra de Beethoven. Les thèmes qu’il évoque m’intéressent tout  particulièrement : la liberté, la fidélité et la justice. L’extrait que je vous propose, le « Chœur des prisonniers », est chanté par des chorales formées dans des prisons.

En effet, pour aboutir à cette réalisation, le Heartbeat Opera a collaboré avec six chœurs de prison de l’Iowa, de l’Ohio, du Kansas et du Minnesota. Plus de cent chanteurs incarcérés et soixante-dix bénévoles ont prêté leur concours dans ce nouvel arrangement du chœur final.
La coordination a été assurée par le directeur-adaptateur Ethan Heard et le directeur musical (mais aussi arrangeur) Daniel Schlosberg.

Nick Stern, professeur - Atelier Kodály : Entendre en soi ce qu'on lit

A bientôt !

Nick Stern

Fidelio (Léonore)

Acte 1
L’histoire se déroule dans une prison d’Espagne où Florestan, un aristocrate, a été enfermé sur ordre de Pizarro dont il a voulu dénoncer les malversations. Pizarro est un personnage important dans le royaume et de surcroît il est le gouverneur de la prison. Léonore, la femme de Florestan, entreprend de libérer son époux.
Son plan ? Se déguiser en homme sous le nom de Fidelio et se faire engager à la prison comme assistant du geôlier Rocco. Et cela marche ! Enfin jusqu’à un certain point : Léonore-Fidelio séduit en effet, à son corps défendant, la belle Marceline, qui n’est autre que la fille du geôlier en titre. Marceline veut épouser Fidelio et obtient même l’accord de son père… L’histoire se complique encore quand on apprend que Jaquino (le subalterne de Rocco) est profondément amoureux de Marceline qui se retrouve dans une situation impossible entre la tiédeur des sentiments de Fidelio et la jalousie de Jaquino.
Pizarro de son côté est préoccupé : il craint une inspection du ministre du roi, Don Fernando, qui soupçonne ses abus de pouvoir. Pour en finir, il ordonne à Rocco de tuer Florestan. Rocco s’y refuse. Suppliante, Léonore-Fidelio obtient du geôlier de l’accompagner dans le cachot où est enfermé Florestan…

Acte 2
Pizarro se rend dans la cellule de Florestan pour le tuer de ses propres mains. Léonore se dévoile, s’interpose et menace le tyran d’un pistolet… Tel un deus ex machina et au son des trompettes, le bon ministre Fernando arrive, sauve son ami Florestan (qu’il croyait mort) et châtie Pizarro. La scène finale a lieu sur le terre-plein de la prison. Le ministre fait un discours sur la justice. On amène Florestan. Le ministre invite Léonore à lui ôter ses chaînes. Les prisonniers sont libérés et entonnent avec le peuple un hymne à la liberté retrouvée.

Le livret de Fidelio

À l’origine de l’unique opéra de Beethoven, un fait divers survenu à Tours pendant la Révolution française. Afin d’organiser la fuite de son mari, une femme a l’idée de se travestir en homme pour se faire engager comme aide-geôlier dans la prison où son mari est détenu.
Ce fait divers avait inspiré un livret à Jean-Nicolas Bouilly : Léonore ou l’amour conjugal. Après avoir renoncé à sa carrière administrative pour la littérature (il cumulait les charges d’avocat au Parlement de Paris, d’administrateur d’Indres-et-Loire et d’accusateur public), Bouilly, qu’on a parfois surnommé « le poète lacrymal », avait fourni quelques livrets du genre notamment à Grétry, Cherubini, Boieldieu… Une production abondante, un succès de mode. Sa carrière littéraire s’achèvera comme conteur de récits à l’eau de rose pour la jeunesse. C’est néanmoins ce livret qui est choisi pour servir la commande d’un opéra faite à Beethoven par le baron Von Braun, directeur des théâtres de la Cour. La traduction sera confiée à Sonnleithner, secrétaire du théâtre An der Wien.

Beethoven et l'opéra…

Beethoven avait été accompagnateur au théâtre de Bonn. Il avait à cette occasion étudié les opéras de Gluck, Salieri, Paisiello… C’est pourtant assez tardivement qu’il se met à composer pour l’opéra. En 1802, il se lance sous l’impulsion du librettiste de La Flûte enchantée, Schikaneder, devenu directeur du théâtre An der Wien (en capitalisant les bénéfices économiques de La Flûte). Schikaneder sent que Beethoven est le seul  à pouvoir concurrencer à Vienne les opéras de Cimarosa, Paisiello, Cherubini… Et Beethoven accepte : il aime les défis. Il sait que l’opéra est de nature à conférer à un compositeur une gloire rapide et durable. Ce sera quitte ou double. Il emménage dans un appartement mis à sa disposition au théâtre même. Il n’y restera que quelques semaines. Plus un mot sur cette première expérience. Ce n’est qu’après sa mort qu’on retrouvera dans ses papiers des airs ébauchés sur un livret de Schikaneder. Ils sont aujourd’hui publiés.

Fidelio (1805-1814)

En 1805, à la fin des vacances d’été, la composition de Léonore-Fidelio est achevée. Les répétitions commencent. Beethoven n’est satisfait ni de l’orchestre, ni de son chef (Seyfried). Il menace de faire biffer tous les pp, p, f, ff, cresc., decresc. « Pas la peine, écrit-il au chanteur qui tient le rôle de Pizzaro, on ne les fait tout de même pas ! » Mais ce sont des circonstances historiques qui vont provoquer ce premier échec : la guerre a repris entre la France et l’Autriche. Le 12 novembre, Murat et Lannes entrent à Vienne. La première de l’opéra a lieu le 20 novembre. La majeure partie de l’aristocratie et de la haute bourgeoise a quitté la ville. Dans la salle, il n’y a que quelques spectateurs. L’opéra ne tiendra pas plus de trois jours. Selon la légende, Cherubini aurait assisté à cette première. Il aurait signalé qu’il n’avait pu saisir dans quel ton l’ouverture était écrite. Selon lui, Beethoven aurait mieux fait d’attendre encore avant d’écrire pour l’opéra et d’étudier davantage l’art d’écrire pour les voix.

Après cet échec, les amis les plus fidèles de Beethoven se resserrent autour de lui et l’invitent à réagir immédiatement. En décembre, une réunion a lieu : décidément, ce livret est médiocre et trop long, on confie donc au poète et dramaturge Heinrich-Josef von Collin la charge de retravailler le texte. Beethoven n’aimait pas le ténor qui tenait le rôle de Florestan (Friedrich Christian Demmer) : c’est Josef Roeckel qui sera pressenti pour le remplacer. On supplie Beethoven de supprimer certains passages trop longs. Mais Beethoven ne veut aucune coupure, pas même une note ! Il changera d’avis sous l’aimable pression de la princesse Lichnowsky (d’après le récit qu’en fait Josef Roeckel).
La paix revint. Après de nombreux remaniements, une seconde version ne connaît qu’un très faible succès en 1806. L’accueil est meilleur, certes, mais les bénéfices de Beethoven sont médiocres. Il s’en prend à Von Braun et après une querelle mémorable lui réclame la partition, ce qui lui est accordé. La brouille est définitive. Le 10 avril, la représentation s’arrête. L’œuvre va tomber dans l’oubli pendant huit ans. Le 26 mai, Beethoven commence à écrire les trois quatuors de l’op.59.
La dernière version créée en 1814 est un triomphe. Cette fois, Beethoven a fait appel à Treitschke pour le texte. Le chef d’orchestre est Michael Umlauf. Le rôle de Léonore est toujours tenu par Anna Milder devenue entre-temps Anna Milder-Hauptmann. Le public est conquis. Pour répondre au désir des éditeurs enthousisates, Beethoven confie à Moscheles le soin d’écrire une réduction de l’opéra pour chant et piano qui sera publiée dès août 1814 chez Artaria à Vienne.

Publication : avec la collaboration de gdc, bénévole – 20/04/2020
Sources :
Jean et Brigitte Massin, Ludwig van Beethoven (Éd. Fayard, 1967) ; Wikipedia…

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