Le billet du 25 mai 2020

De la musique
avant toute chose !

Cette semaine, la musique et la poésie française sont indissociables. Le choix des sons et des rythmes est aussi important que celui des mots. Certes, il y a eu une musique indépendante de la poésie, mais la poésie, elle, sera toujours musicale.
« De la musique avant toute chose », dira Verlaine dans son Art poétique : « De la musique avant toute chose / Et pour cela préfère l’Impair / Plus vague et plus soluble dans l’air,  / Sans rien en lui qui pèse ou qui pose. »
Hommage aujourd’hui au grand compositeur trop peu connu Joseph Kosma, compositeur naturalisé français, juif hongrois, né en 1905 et l’auteur d’une fameuse chanson que nous connaissons tous : Les Feuilles Mortes…

Florence Akar

Joseph Kosma

Formé à la composition et à la musique contemporaine à Budapest, Kosma est passé à la musique de combat à Berlin. Exilé en France et intégré au milieu parisien, il se consacre pendant trente ans à la chanson (près de 150 titres) et aux compositions pour le cinéma (près de 90 longs métrages), où son union avec le poète Jacques Prévert a joué de part et d’autre un rôle essentiel pour la création poétique et musicale populaire du XXe siècle. Il sera formé par Béla Bartók, partira en 1929 à Berlin où il rencontre Bertold Brecht et Hanss Heisler. Il s’exilera en France en 1935 où il fera la connaissance de Jacques Prévert, ainsi que des cinéastes Marcel Carné et Jean Renoir. En 1945, c’est le triomphe du film Les Enfants du Paradis. En 1946, ce sera le succès éclatant de la poésie, de la mise en musique et en chanson du recueil Paroles de Prévert. 

Kosma s’est attaché à de nombreux auteurs, notamment Raymond Queneau (Si tu t’imagines). Il y aura même Jean-Paul Sartre (Rue des Blancs-Manteaux) et Louis Aragon pour une rencontre restée unique.

Jacques Prévert

Né en 1900, Jacques Prévert est un autodidacte. Il a fait ses classes dans la rue, auprès des surréalistes notamment, avant d’écrire assez tardivement, vers la fin des années 1920. Prévert n’a pas cherché à être publié, mais devant l’insistance de certains, des textes sont parus de manière éparse dans des revues au cours des années trente.
En 1945, René Bertelé qui avait fondé sa propre maison d’édition, « Le Point du Jour », décide d’éditer les poèmes de Prévert. Le recueil Paroles rencontre un succès fulgurant et inégalé. Les huit premiers jours, 5000 exemplaires sont vendus. À ce jour, Paroles est le recueil français du XXe siècle le plus traduit et le plus vendu dans le monde.

Cet artiste inclassable possède plusieurs cordes à son arc qui détermineront une œuvre extrêmement variée : l’écriture, le cinéma, le collage.
Des années 1935 à 1945, Jacques Prévert se tourne vers le septième art et devient scénariste et dialoguiste pour le cinéma. Il rencontre le jeune réalisateur Marcel Carné, avec qui il va réaliser de grands films : Quai des Brumes, Les Visiteurs du Soir, Les Enfants du Paradis… Le réalisme poétique est né : un nom imaginé par une critique cinématographique parfois décontenancée par l’originalité de la forme.

Les billets de Florence : 25 mai 2020

Les feuilles mortes se ramassent à la pelle…

À l’origine, la mélodie simplissime Les Feuilles mortes était issue d’un ballet élaboré par Prévert et Kosma pour Roland Petit (ce ballet fut monté en 1945). Elle paraîtra également dans un film de Marcel Carné : Les portes de la nuit.
Ainsi est né l’un des plus grands succès de la chanson française et il va prendre racine. La thématique en est éternelle : le temps qui passe, le fil des saisons, la nostalgie de l’amour…

« Oh je voudrais tant que tu te souviennes
Des jours heureux où nous étions amis
En ce temps-là, la vie était plus belle
Et le soleil plus brûlant qu’aujourd’hui
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle
Tu vois je n’ai pas oublié.
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle,
Les souvenirs et les regrets aussi »

Les feuilles mortes,
la version de Cora Vaucaire
et d'Yves Montand

La version historique est celle de Cora Vaucaire : « Une chanson bien trop subtile pour un public de cons », a-t-on expliqué un soir à Cora Vaucaire, qui la chantait au cabaret L’échelle de Jacob en 1948. Aucun critique, c’est dire leur clairvoyance, n’avait signalé la chanson qui, quatre ans plus tard, allait faire le tour du monde.

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Et voici la version d’Yves Montand, avec le texte déclamé, attentif à la prosodie, le visage illuminé par les mots.

© Capture YouTube

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Avec Thibaut Garcia à la guitare. Cette version est extraite d’un CD La passion Jaroussky sorti chez Erato (Warner Classics) le 25 octobre 2019.

© Capture YouTube – Warner Classics

Philippe Jaroussky

Une version classique…

Une interprétation dans le style des mélodies françaises, avec sa voix d’une merveilleuse fraîcheur, pleine de spontanéité.

Les feuilles mortes,
la version d'Oscar Peterson

Il est LE pianiste de jazz de formation classique. Il étudie le piano, très tôt, mais aussi l’orgue et le clavecin. Oscar Peterson, c’est l’amour du toucher : son doigt est comme son cerveau, il va au fond de l’expression sans exubérance.

40 secondes d’introduction et on plonge avec délectation dans le thème de la chanson qui devient joyeuse et entraînante.
Oscar Peterson Trio, Live in Belgrade.
Avec Ray Brown et Ed Thipgen.

© Capture YouTube

Keith Jarrett Trio – Autumn Leaves
Keith Jarrett, piano ; Gary Peacock, contrebasse ; Jack Dejohnette, batterie.

© Capture Dailymotion.com

La version de Keith Jarrett

Nous venons de fêter ses 75 ans le 8 mai dernier. Journée spéciale Keith Jarrett sur France Musique à réécouter de toute urgence. Un arsenal de couleurs, d’attaques, de teintes. Ce grand artiste danse et chante avec son piano.

Le grand mérite de cette chanson est de transcender les genres

600 interprétations différentes sont répertoriées, dont la liste donne le vertige : Piaf, Aznavour, Mouloudji, Eddy Mitchell, Jean Sablon, Dalida ou Françoise Hardy, Iggy Pop ou Eric Clapton, Duke Ellington, Miles Davis, Bill Evans, Nat King Cole, Stéphane Grappelli ou bien Chet Baker, et même la grande interprète libanaise Fairouz où orient et occident peuvent se côtoyer…

© Visuel pexels.com – Stock / traitement : gdc

© Lottiefiles
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Publication : Les billets de Florence – 25 mai 2020
avec la collaboration de gdc, 25 juillet 2020

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